LE SUMINAGASHI ou L'ANCÊTRE DU MARBLING


SU MI NA GA SHI


Déjà pour commencer, arrivez-vous à le dire correctement ???

Ça ne sonnerait pas un peu... disons... japonais ?


Et bien oui ! Sumi veut dire encre et nagashi signifierait "flotter". Bon ça reste à être confirmé par un véritable japonais car moi j'ai lu ça comme ça...


Vous me connaissiez plutôt pour le marbling. Mais l'un n'empêche pas l'autre et les deux techniques sont loin d'être étrangères l'une de l'autre.


Pour la petite histoire, alors que l’art du papier marbré remonterait au XIVème siècle, le marbrure aurait un ancêtre né avant le XIIème siècle en Asie. Au Japon, la pratique du Suminagashi, signifiant « encres qui flottent », servait à décorer des textes calligraphiés. Ces motifs abstraits faits de lignes concentriques, évoluants au gré de l’air ambiant, soufflés dessus ou ventilés avec un éventail, revêtait même un véritable aspect religieux et méditatif chez les bouddhistes.



Ce type de marbrures aurait peu à peu rejoint l’Empire Ottoman, en empruntant la Route de la Soie (tout comme la fabrication du papier) pour en devenir une version transformée telle qu’on la connaît aujourd’hui : des peintures flottant sur de l’eau épaissie, la gomme. Voici sur la photo ci-dessous, du papier décoré au suminagashi en noir et blanc et du papier marbré, multicolore.



Mais vous devez vous demander comment ça marche... Alors on laisse tomber le marbling et on revient bien au suminagashi, beaucoup plus simple à mettre en oeuvre d'ailleurs.


En fait, on utilise un bac rempli d'environ 4 cm de hauteur d'eau, sur laquelle on va déposer et alterner une goutte d'encre de Chine et de dispersant. Les pinceaux de calligraphie sont l'outil idéal pour tenir une grande quantité de chacun des liquides tout en permettant de contrôler le volume des gouttes déposées en surface. Quant au dispersant, ça peut être une goutte de produit vaisselle ou de photoflo (produit vendu pour la photographie) diluée dans de l'eau. Pour que l'encre tienne sur le papier, il faut au préalable mordancer le papier avec de l'alun, tout comme pour le marbling. Sinon, il y a de fortes chances que toute l'encre de Chine s'en aille !




Au-delà de son pouvoir décoratif, tout comme le marbling, la technique est autant fascinante qu'hypnotisante. L'encre de Chine flotte naturellement sur l'eau mais son comportement est toujours imprédictible. Son mouvement, d'abord impulsé par la goutte de dispersant, évolue et se déforme au grès de l'air ambiant. Il peut être soufflé à la paille pour donner volontairement une direction particulière ou ventilé avec un éventail.


Le Suminagashi n'est pas strictement monochrome. Certes en nombre limité, les encres de Chine peuvent aussi être de différentes couleurs telles que jaune, bleu et rouge. Je me suis amusée ici à rajouter une touche colorée.



Ci-dessous, une photo d'un de mes premiers essais. On voit bien que le papier n'est pas adapté, il s'agit de papier Inkjet classique de 80 g. En effet, il est préférable de prendre un papier qui ne va pas se déliter trop vite dans l'eau et qui va bien absorber les encres. je vous conseillerais du papier cartonné d'au moins 120g, non glacé et sans acide. Les papiers trop fins ont tendance à gondoler au séchage, tandis qu'un papier plus épais aura plus de tenue et sera plus facile à remettre à plat après un passage sous presse.



Parlons tissu maintenant, car de mon côté c'est toujours le pouvoir décoratif de la technique artistique qui prime. Et qui dit déco, dit textile !